
Le film américain qui a déboulé en salles mercredi dernier, fait plutôt dans le lourd, le surligné et l’académique. Peu importe. L’intérêt de The Company Menn’est pas dans sa valeur cinéphilique mais bien dans son sujet. Car il s'attaque à l’impact de la crise financière sur l’élite des cadres américains. Les tout-là-haut, ceux qui se croyaient intouchables. Et qui n’en reviennent pas de se retrouver comme tout le monde à « tendre un CV », sans espoir de sauver les apparences.
Viré en 5 minutes Bobby Walker (Ben Affleck), brillant directeur commercial qui se croyait intouchable après 12 ans de boîte. Viré aussi, Gene McClary (Tommy Lee Jones), co-fondateur de la boite, ami de trente ans du big boss, membre du comité de direction, mais trahi et sacrifié lui aussi sur l’autel de l’action qui doit grimper. Viré toujours, Phil Woodward (Chris Cooper), le sexagénaire qui ne vaut plus tripette une fois son vieil appui licencié.
On suit les trois licenciés dans leur violente dégringolade de l’échelle sociale. Chacun à leur manière, à cause de leurs parcours très différents. D’abord dans le déni, Bobby le yuppi et Phil l’autodidacte ne sauvent pas longtemps les apparences. Les stages de remotivation généreusement offerts par leur boite se chargent de les ramener sur terre. Et de leur coller un sentiment d’humiliation aussi efficace que du curare. Quant à Gene, protégé par sa fortune et n’ayant aucun besoin de retravailler, le vide sidéral de sa vie le fait dévisser dans une dépression.
On suit surtout ces 3 personnages au cours de leur atterrissage forcé au ras des pâquerettes d’une Amérique nouvelle, loin des Porsche et de l’abonnement au club de golf. C’est à une gueule de bois générationnelle que l’on assiste. Où pour la première fois, on évoque ouvertement le mépris de classe à l’américaine entre cols blancs et travailleurs manuels. Un monde de prolos personnifié ici par un Kevin Costner étonnamment crédible en beau frère offrant un job de charpentier à Bobby.
Les valeurs du travail vrai et bien fait du charpentier Kostner, Bobby les fera siennes. Car voilà le message stabilo du réalisateur, qui vaut ce qu’il vaut : gloire aux bonnes petites entreprises de la bonne vieille économie. Mort aux méchants spéculateurs boursiers qui font rien qu’à s’enrichir sur le dos des salariés. Le propos est heureusement un peu plus nuancé. A la fin, Bobby va lâcher son marteau pour retrouver un boulot de cadre dans la nouvelle entreprise de son ex-boss Gene, qu’il crée grâce à ses stocks options. Sauf que, après le mot The end, on ne sait pas si cette dernière ne va pas elle aussi grossir et s’encombrer de nouveaux actionnaires qui voudront, une fois encore se débarrasser des salariés pour faire grimper de 2 points le cours de l’action.
Avec ce premier film, John Wells, réalisateur venu de la télé (Urgences, la série pionnière du renouveau du genre), marque un retour. Celui du cinéma de crise. Le malheur fait souvent le lit des créateurs et la Grande Dépression a permis à quelques-uns des chefs d’œuvres de John Ford et de Charlie Chaplin de naître. On n’en est pas là. Les deux crises ont peut-être la même importance, The Company Men, en tout cas n’a pas le brio des Raisins de la Colère ou des Temps modernes.
Mais ce film est là pour établir le devis des dégâts. Et rien que pour ça, les cadres en poste devraient le voir, ne serait-ce que pour relativiser leur irremplaçabilité. Quant à ceux qui viennent de perdre leur job, ils peuvent économiser le ticket.
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